Intervention de la CGT

Les politiques menées par ce gouvernement coupable voudraient contraindre le Conseil départemental  du Cantal a abandonner le principe de libre administration contre des budgets d’État dramatiquement diminués. 
Le syndicat CGT du Conseil départemental du Cantal a obtenu une intervention lue devant l’hémicycle départemental et un public d’élus locaux :
« Tout d’abord le syndicat CGT du Conseil départemental tient à remercier le Président d’avoir accepté de nous accorder cette tribune exceptionnelle. Exceptionnelle par la situation que connait notre collectivité confrontée à un choix qui se résumerait à : conserver son autonomie mais dans des conditions budgétaires dégradées, ou accepter une mise sous tutelle de l’Etat.. avec des conditions budgétaires guère moins dégradées ! 
Notre propos n’est en rien une consigne de décision mais plutôt un appel à une prise de conscience réelle de notre situation par l’Etat et ses représentants locaux. Cette initiative vous sera présentée en 2 axes complémentaires : les agents de la collectivité et le service public départemental et ses moyens, et les conséquences sur les populations, l’aménagement du territoire et le maillage social économique du département.
Un petit regard dans le rétroviseur nous renvoie aux lois de décentralisation et donc aux transferts de compétences des personnels de l’Etat vers les collectivités locales. Peu alors ont perçu ce qui se révélera comme un piège, une arme de chantage ! Un peu plus de 10 ans après la dernière vague importante de transfert, les compensations financières, pourtant logiques, ont été directement ou indirectement orientées à la baisse.. Alors que les missions demeurent ! 
Cette situation de baisse de dotations organisée par l’Etat coupable a déjà généré au sein du Conseil départemental du Cantal une suppression de 60 postes à partir de 2013. Les plus fortes baisses d’effectifs ont concerné les services transférés, collèges et routes !
Les agents ont donc dû s’organiser pour compenser et continuer à assurer le niveau de service que la collectivité a décidé de maintenir… Non sans difficultés, sans souffrance au travail, mais pas sans conscience professionnelle, déterminée au service des usagers!
Aujourd’hui, nouveau chantage de ce gouvernement vers de nombreuses collectivités :
« Renoncer à votre libre administration, contribuer à la réduction des dépenses publiques et on vous versera quelques moyens! ». Un résumé du pacte financier que le gouvernement tente d’imposer.
Seules les collectivités financièrement indépendantes (et c’est le cas pour 77% des départements!) peuvent se permettre de le refuser sans prendre de risques majeurs. Le Cantal ne fait pas partie de celles-ci! Dès le début d’année, en préalable à l’ouverture des négociations avec l’Etat, la collectivité a, à nouveau demander des efforts aux agents départementaux en supprimant 5 jours d’absence dont l’ensemble des agents bénéficiaient depuis des années. 
A notre connaissance, les contreparties financières négociées avec l’Etat ne garantissent pas la pérennité des niveaux de service, ni le maintien de l’engagement de la collectivité auprès de la population par la poursuite des politiques dans les domaines de la culture, du sport, par exemple, ou par des soutiens financiers aux collectivités.
Quelles sont demain les missions maintenues en dehors des compétences obligatoires du social, des routes et des collèges? Dans quelles conditions seront-elles exercées et avec quelles ambitions? Ces questions génèrent de l’inquiétude pour les agents de la collectivité, et des questionnements sur le sens de leurs missions. Ils doivent désormais travailler 5 jours supplémentaires avec des crédits de fonctionnement revus encore une fois nettement à la baisse. Sans moyens financiers, pourquoi travailler plus longtemps et pour quoi faire?
Mais au-delà de ces éléments propres aux services de la collectivité, c’est toute la question du service public départemental qui est posée. 
A travers la loi Notre, qui prévoit à terme la disparition de cette collectivité, les décideurs parisiens envisagent-ils une accélération de la dégradation des territoires ruraux et enclavés comme le Cantal?
Sans ressources locales suffisantes, le Conseil départemental se retrouve à choisir entre la peste et le choléra! Et quel que soit le choix, ce sont les agents du service public et in fine, les cantaliens qui paieront la note!
La position de la CGT est de s’opposer à ce chantage d’Etat. Accepter des misères plutôt que rien, ne garantit plus la qualité du service public auquel ont droit les cantaliens, comme les citoyens des métropoles ou des collectivités « autosuffisantes ».
C’est en cela que la CGT interpelle notre assemblée et ses invités. Au moment de votre choix qui sera inéluctablement le notre, il sera important soit de décider de courber encore l’échine tout en dégradant peu ou prou notre activité, soit de s’opposer debout à ce chantage, en sachant les difficultés engendrées. Un geste fort de résistance pourrait faire jurisprudence auprès de toutes les collectivités rurales et enclavées.
Ce refus, en réponse à une négociation avec l’Etat qui ne garantirait pas un niveau de service général suffisant, pourrait alors fédérer les personnels, après explications évidemment. Alors que signer le pacte financier et voir ses moyens de fonctionnement fondre comme neige au soleil risque d’être source d’inquiétudes et de mécontentement à l’encontre de l’employeur!
Nous le savons, le Cantal est un département rural, peut être le plus enclavé de France, au solde migratoire négatif depuis des décennies. Rien n’est réellement fait par l’Etat pour inverser ce constat. Les liaisons ferroviaires sont une catastrophe et les orientations actuelles risquent de le détériorer encore plus! Nos routes chargées de camions et bientôt limitées à 80km/h ne peuvent être, au regard des travaux engagés par l’Etat, la solution d’ouverture et de désenclavement de notre département. Reste l’avion … qui ne dessert essentiellement que Paris avec ces aléas nombreux.
Quels investissements, le Conseil départemental pourrait-il réaliser demain pour améliorer ces paramètres d’enclavement?  Aucun ou si peu… Pire, les crédits que la Région a engagés pour l’amélioration du réseau routier pourraient ne pas être utilisés, faute de pouvoir assumer la de financement local! Comment penser, avec des moyens réduits, maintenir en état le réseau routier et garantir des déplacements en toute sécurité aux habitants ?  

Comment justifier par la lorgnette budgétaire la fermeture potentielle de collèges qui obligerait enfants et parents à s’adapter à cette situation nouvelle avec un coût financier et sanitaire? 

Enfin, même si la CGT ne partage pas tous les choix faits par la collectivité, il n’en demeure pas moins que les jeunes, et plus globalement les habitants du Cantal doivent pouvoir avoir accès à la culture ou à l’éducation sportive. La réduction ou la suppression des aides aux collectivités pourraient fortement impacter la réalisation de projets dans les territoires. 
Les politiques européennes et nationales semblent rayer de la carte tous les territoires où les besoins sont plus importants que les ressources! Et le Cantal fait partie de ce groupe. De véritables solidarités seraient préférables à une agonie des territoires!

Etre cantalien est un droit. Pouvoir vivre dans le Cantal est un droit qui ne peut souffrir d’une sous-dimension par rapport à tous les concitoyens.

Je vous remercie de votre écoute et espère que votre choix permette que notre collectivité, que le Cantal puisse vivre dignement. »
juin 29, 2018